Il y a déjà longtemps, en mai 1973, la télévision française nous réjouissait 2 fois dans la même semaine en nous proposant l'analyse d'un ouvrage de l'écrivain américain Richard Bach, ''Jonathan le goéland''. Préfacé par Pierre Clostermann, pilote de chasse qui s'est illustré à la dernière guerre dans l'escadrille ''Normandie-Niemen''. Le conte de R. Bach avait déjà retenu mon attention il y a 4 ans, lorsque l'ami Martin nous l'avait signalé en nous adressant le numéro d' Aviasport publiant une traduction du texte en question. La nouvelle publicité donnée à cet ouvrage nous incite à le proposer à la connaissance des colombophiles, persuadé qu'il y a matière à méditation pour ceux qui acceptent de réfléchir. ils peuvent y trouver en effet, l'esprit qui doit animer la recherche,la faire sortir des sentiers battus, l'écarter du matérialisme, la doter d'une motivation raisonnée pour une finalité à la mesure des ambitions.
Richard Bach a imaginé l'histoire d'un jeune goéland pas comme les autres. alors que la plupart de ses congénères ne se soucient d'apprendre en fait de technique de vol, que les rudiments indispensables pour s'éloigner du rivage afin de quêter leur pâture, puis revenir s'y poser, lui, considère qu'il est plus important de voler que de manger. Malgré l'impopularité qui se manifeste à son égard, Jonathan le Goéland veut apprendre de plus en plus. A ses parents qui tentent de le raisonner en lui disant que les questions d'aérodynamiques ne nourrissent guère, il répond que son souci n'est pas d'être gras mais de savoir ce qu'il est possible et ce qu'il n'est pas possible de faire dans les airs.
Régis depuis des siècles par le rythme de l'espèce, manger, se reproduire, disparaître, les autres goélands ne comprennent pas les désirs secrets de leur jeune collègue. Lorsqu'il tente d'extérioriser ses sentiments par des expériences hasardeuses et qu'il doit avoir suffisamment atteint de connaissances pour se présenter devant ses pairs, il se voit exclure du clan, comme la honte de la tribu.
A ce niveau déjà, le conte de R. Bach peut avoir un cheminement parallèle avec la situation colombophile où l'on a facile à stigmatiser l'attitude négative de certains milieux. N'existe - t - il pas des pontifes qui souhaitent maintenir une colombophilie routinière ou chaque adhérent cherche plus ou moins à meubler ses loisirs ou arrondir son petit budget, quitte à renoncer très vite à notre sport pour avoir découvert d'autres loisirs ou pour ne pas avoir réussi à orienter dans le bon sens , la corne d'abondance ?
Face à ces clans ''hypertentaculaires'', les tentatives de recherches de progrès dont Vanderschelden a été l'un des maillons avec sa théorie alaire subsistent souvent le mépris des ''mandarins'' parce qu'elle bousculent l'ordre établi. Certaine presse au service des clans n'ont pas hésité à discréditer, Vanderschelden, qui prêchait le progrès et la route pour y parvenir. A l'image de l'assemblée des vieux Goélands, répudiant leur jeune collègue, des prétendus érudits colombophiles ont prononcé des réquisitoires sans appel pour sauvegarder leurs convictions chancelantes.
Cette mise à l'index si elle est dans le conte de R. Bach, un motif de persévérance pour le jeune goéland, doit être pour les partisans de l'aile une raison de se serrer les coudes pour un travail constructif dans un élan collectif !
Dans la dernière partie de son conte, l'auteur raconte avec beaucoup d'imagination, le comportement du jeune goéland amené à être un maître de l'initiation après avoir atteint les sommets de la connaissance en matière de vol. Instructeur en même temps que directeur de conscience, Jonathan le goéland ne tarde pas à faire quelques adeptes amoureux comme lui du désir d'apprendre pour se surpasser. Il n'est nul besoin d'avoir la foi pour voler dit il et poursuivant, apprendre ne doit pas faire peur. Ce qui ne l'empêche pas de songer encore à sa condition d'exclus, peut être y a - t - il là bas un autre goéland luttant pour échapper à la servitude et risquant aussi l'exclusion pour oser proclamer sa vérité au clan ? Sa rencontre avec l'un deux, aigri par son sort d'exclus, démontre sa bonté, ne les juge pas trop sévèrement, en te rejetant, les autres goélands n'ont fait tort qu'à eux mêmes et un jour ils le comprendront et un jour ils verront ce que tu vois, pardonnes leur et aides les à y parvenir. Les jeunes adeptes de Jonathan progressent mais ils leur est plus aisé de réussir de hautes performances que de comprendre la raison profonde pour laquelle ils les réalisent.
Colombophiles, mes frères, combien y a - t - il de jeunes goélands parmi nous ?
Les leçons reçues de Jonathan n'empêchent pas l'accident d'un jeune élève au dessus du territoire du clan. Le risque de se voir déchirer par ses anciens congénères ne rappelle - t - il pas l'attitude de certains colombophiles riant sournoisement des échecs possibles de ceux qui défendent la théorie alaire ?
En définitive, l'exemple du travail de Jonathan porte ses fruits. du clan se détachent de plus en plus ds jeunes goélands avides de connaissances. de même dans le monde colombophile la prise de conscience est manifeste. Malgré l'hostilité de certains milieux, l'idée alaire fait son chemin. voeux au congrès national, proposition du comité belge soumise à la commission internationale, trouvent leur aboutissement dans un nouveau standard du pigeon de sport. c'est réjouissant, c'est constructif.
Dans sa dernière demeure, le père de la méthode alaire ne peut ignorer la pensée de Jonathan, vieillissant. Sur le point de quitter ses élèves, il confie à son successeur,ne les laisse pas répandre sur mon compte des bruits absurdes ou faire de moi un dieu. Je ne suis qu'un goéland qui aime voler.
Merci Richard Bach pour avoir imaginer ce joli conte, merci Pierre Clostermann pour nous l'avoir traduit aux éditions Flammarion.
La rêverie s'est terminée, en mettant en parallèle l'histoire de ce goéland et le comportement des colombophiles, on retrouve des points similaires qui conditionnent bien des aspects de notre sport. Souhaitons que nos goélands humains sachent briser les barrières qui entourent le clan pour que s'élève la voix qui proclame bien haut: Apprendre, Découvrir, s'Affranchir !
Jules Schwartz Janvier 1974
Mon cher Jules, quand je fais le bilan de toutes ses années de guerres inutiles, de refus de constats scientifiques, les jeunes alairiens d'aujourd'hui peuvent bénéficier tranquillement de tout le travail de nos chercheurs Somville et Vanderschelden et les trieurs géniaux qui ont fait avancer à pas de géants et font avancer à pas de géants la vérité en colombophilie, Grandry, Bawin et actuellement Jacky Hardy. Ces jeunes n'ont plus de contradictions bâtardes à la figure, tout s'explique pigeons en mains et analyses scientifiques. Et toi mon cher Jules qui inlassablement à écrit, expliqué sans défaillir, encore aujourd'hui, tu a été celui qui inlassablement a pourfendu les vieux goélands et fais par tes écrits avancer la réflexion. toi qui au temps des goélands passait pour un ''emmerdeur'', tes textes que je repasse avec délectation sont lus par plus de 300 lecteurs pratiquement à chaque article !
JJ Coudiere 13 avril 2011
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