Colombophilie, la boussole du pigeon voyageurAnalyse du professeur Jean Dorst, sous directeur du muséum d'histoire naturelleJEAN JACQUES COUDIERE
Lundi 28 Novembre 2011
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Une éducation appropriée permet de faire du jeune pigeon, encore trop impulsif dans ses manifestations d'indépendance, un oiseau doté non seulement du pouvoir de voler rapidement et d'une manière soutenue, mais aussi de la volonté de revenir coûte que coûte à son pigeonnier.Jean Dorst sous directeur du muséum d'histoire naturelle.
Jean Dorst (1924-2001)
Jean Dorst (1924-2001)
Raillant la confusion entre militantisme politique et écologie, Jean Dorst combattait par contre la fâcheuse tendance à présenter comme "écolo", afin de la discréditer, toute analyse des problèmes écologiques susceptible de menacer la réalisation de projets en cours. Ainsi, avec Théodore Monod, il n'hésita pas à dénoncer le projet de piste pour avions en Terre Adélie. En fait, d'une manière plus générale, il croyait à une "écologie politique", c'est-à-dire à la nécessité d'une ligne d'action à long terme, réconciliant l'homme et la nature, amenant à réfléchir sur les grandes questions que sont la place de l'homme à l'origine et son avenir sur notre planète, notamment par rapport à un développement incontrôlé et aux conséquences de la surpopulation. Sa parole dans son discours d'octobre 1973 était une mise en garde : « À bord de leurs engins, les conquérants de l'espace dépendent de systèmes hautement perfectionnés. La terre tout entière, petite, fragile et limitée, n'est elle-même qu'un vaisseau spatial dont la biosphère est le dispositif de survie aux ajustements précis. Nous en serons toujours tributaires » Ses derniers mots ce jour-là furent cependant d'un espoir mesuré « Le jour où les idées de conservation et de développement économique raisonnable seront étroitement associées, alors seulement nous pourrons entretenir quelque espoir quant au devenir de l'homme sur la terre ». D'après Yves Le Maho Le pigeon voyageur et sa mystérieuse boussole. (analyse du professeur Jean Dorst)
Photo Net solaria
Ouvrage retrouvé dans ma bibliothèque, malheureusement non daté, sans doute dans les années 60 ?
Le professeur Jean Dorst, coupe le coup à l'idée encrée chez les colombophiles, que les pigeons se repèrent par rapport aux ondes magnétiques Le pigeon voyageur, quel anachronisme au siècle des ondes électro - magnétiques qui transmettent la pensée humaine avec une facilité et une rapidité à première vue sans rivales ! Et pourtant le pigeon voyageur est communément utilisé et pas seulement par les colombophiles amateurs. au cours de la dernière guerre, si la technique la plus moderne est venue se mettre à la disposition des combattants, elle n'a toutefois pas supplanté l'animal dans de nombreuses circonstances. L'armée américaine qu'on ne peut cependant accuser d'esprit rétrograde et conservateur, disposait d'un service colombophile bien organisé comprenant 3.000 soldats et 150 officiers en plus des 36.000 pigeons entraînés dans les conditions les plus difficiles afin de les préparer aux dures missions qui furent les leurs. Les hauts faits de ces messagers ne se comptent pas aussi bien dans les isles dispersées au milieu du Pacifique et la jungle épaisse de Birmanie que sur les théâtres d'opérations européens. Certains d'entre eux furent même décorés des médailles qui d'ordinaire sont réservés aux humains, ce qui montre bien l'importance que l'on attache encore aujord'hui, à leurs services. Le pigeon voyageur ne date pas cependant d'hier. depuis la plus haute antiquité, l'homme a remarqué l'aptitude de nombreux oiseaux à regagner leurs nids ou leur patrie d'origine. Les pigeons domestiqués depuis longtemps, avaient conservé cette faculté, et revenaient à leurs pigeonniers sans difficulté. aussi, les Grecs, les Perses, les Hébreux employaient ils couramment les pigeons voyageurs. On les utilisait entre autre pour annoncer aux cîtés de la Grèce antique, le nom des champions vainqueurs aux jeux olympiques. Depuis ces époques lointaines, la race a été sans aucun doute améliorée. Si pour les zoologistes, le pigeon voyageur ne se distingue en rien du pigeon qui pullule à Paris, au point de s'y montrer quelque peu envahissant et du pigeon, biset sauvage qui niche dans les falaises rocheuses, (origine de tous les pigeons domestiques), la sélection a cependant augmenté dans une proportion très appréciable, la puissance de déplacement et leurs facultés d'orientation. Une éducation appropriée permet de faire du jeune pigeon, encore trop impulsif dans ses manifestations d'indépendance, un oiseau doté non seulement du pouvoir de voler rapidement et d'une manière soutenue, mais aussi de la volonté de revenir coûte que coûte à son pigeonnier. Si la sélection a ainsi fourni des sujets aux facultés de plus en pus grandes, il faut cependant avouer que, en dépit de l'ancienneté du pigeon voyageur,nous en sommes encore presque au même point quand à l'explication des facultés d'orientation dont font preuve ces oiseaux. Tout comme beaucoup d'animaux, ils semblent posséder un véritable sens spécial de l'orientation, qui les guide mystérieusement sur leurs chemins lointains et les fait retrouver aisément leur pigeonnier au milieu des terrains en tout point semblable les uns les autres. Les explications les plus variées et parfois les plus fantaisistes ont été proposées. aucune n'est à vrai dire entièrement satisfaisante. Il est bien entendu que nous faisons allusion ici à l'orientation lointaine et non pas aux facultés qui permettent à l'oiseau de retrouver son pigeonnier à l'intérieur d'un périmètre donné. Il n'est pas nécessaire d'invoquer dans ce dernier cas, le secours de facultés particulières, car le pigeon voyageur a comme tous les oiseaux une connaissance visuelle parfaite d'un vaste territoire, ce qui lui permet de se diriger sans aucune difficulté. Une telle connaissance ne peut toutefois expliquer des orientations plus lointaines encore qu'elle puisse contribuer dans une mesure non négligeable, les sujets ayant déjà accompli le même retour, reviennent toujours plus rapidement que ceux qui font le trajet pour la première fois. Mais ceci ne suffit pas à expliquer les retours lointains pour lesquels on a invoqué des facultés de perception très diverses. Certaines théories tendent à les expliquer en s'appuyant sur le magnétisme terrestre. L'oiseau serait capable de mesurer l'intensité et la direction du champ magnétique terrestre, ce qui lui permettrait de se diriger comme à l'aide d'une boussole ! Parmi les hypothèses magnétiques modernes, figure avant tout, celle de l'américain Yeagley, qui a le mérite de former une explication complète du sens de l'orientation des oiseaux. Cet auteur a supposé que ces animaux sont capables de mesurer très exactement l'intensité du champ magnétique terrestre et ses variations en appréciant l'intensité du courant induit dans leur corps par leur déplacement dans le champ magnétique. il faut évidemment supposer que l'oiseau est par ailleurs capable de mesurer très exactement sa vitesse propre par rapport au sol, car cette mesure influe sur l'intensité du courant induit. Mais ce système de repérage ne leur servirait à rien tout seul, pas plus qu'un homme ne serait capable de se diriger sur la terre s'il ne possédait qu'une simple boussole ? Yealey a donc supposé que les oiseaux sont capables de percevoir la force produite par la rotation de la terr, force dite de Coriolis, agissant sur tout corps en mouvement à sa surface et de mesurer cette force qui dépend très étroitement de la vitesse propre de l'oiseau et de la vitesse linéaire du point de la terre survolé. Elle est nulle aux pôles et atteint son maximum à l'équateur. grâce à son évaluation, l'oiseau serait donc capable d'apprécier sa position géographique par rapport à un système de références qui sont en fait les parallèles géographiques. Comme par ailleurs, il peut, dans l'hypothèse de Yealey, apprécier les parallèles magnétiques grâce à la perception du champ magnétique terrestre et que ces deux systèmes, l'un magnétique, l'autre géographique,loin de coïncider, déterminent, en fait une sorte quadrillage à la surface du globe, on conçoit que les oiseaux seraient dans cette hypothèse capables de localiser étroitement leur position et de revenir aisément à leur point de départ. Cette théorie forme dons un tout cohérent , irréprochable au point de vue physique. Mais toutes les expériences faites par Yealey pour lui donner une confirmation, n'aboutirent jamais à aucun résultat ? Cette théorie comme toutes celles qui reposent sur le magnétisme terrestre est en fait inacceptable au point de vue biologique. Les forces mises en oeuvre sont en effet beaucoup trop faibles pour être perçues par les animaux. Un oiseau volant à 65 kilomètres/heure à nos latitudes, serait soumis à une force de 10 volts 50. s'il s'est déplacé de 1° de latitude vers le sud ou vers le nord, soit d'environ 112 kilomètres, cette force aurait alors variée de 1,3%, soit d'environ 1/10 millionième de volts, variation qu'aucun nerf n'est capable d'enregistrer. Par ailleurs, on a souvent invoqué un brouillage de pigeons voyageurs par ondes électro - magnétiques pourtant beaucoup plus intenses que le champ magnétique terrestre. Cela n'a cependant jamais été contrôlé scientifiquement. certaines expériences ont au contraire montré que les pigeons ne sont pas sensibles aux champs magnétiques, c'est ainsi qu'un physiologiste américain, montra que les pigeons répondent à un simple stimulus optique, (une émission de lumière), après 70 essais maximum, alors qu'après 570 essais d'un stimulus magnétique, les champs magnétiques utilisés étant pourtant notablement supérieur en intensité au champ magnétique terrestre, aucun pigeon ne manifeste la moindre réaction ! En dépit de la croyance très généralement admise par le public, en particulier par de nombreux colombophiles dont nous ne voulons nullement contester la bonne foi, il faut insister sur le fait qu'aucune explication basée sur le magnétisme ne peut être admise du moins à l'heure actuelle ! Il faut donc se tourner vers des explications plus simples ne mettant pas en jeu des sens spéciaux de l'oiseau. c'est évidemment la vue que l'on invoque le plus souvent, sans exagérer l'acuité visuelle des oiseaux, selon une tendance assez générale, il est indéniable qu'ils ont une vue perçante, encire aidée par le fait que leur champ visuel est considérablement accru par l'altitude à laquelle ils volent. De plus ils ont une mémoire visuelle extraordinaire. au cours d'une expérience récente, un observateur entrainant des pigeons à picorer une aire déterminée d'une vaste photographie aérienne, ce qui leur valait une récompense. Quatre ans après avoir vu la dernière fois la photo, ils étaient encore capable de retrouver l'aire en question ? ce test montre donc la facilité avec laquelle, ils peuvent se retrouver dans la nature. Au cours de lâchers de pigeons voyageurs, des observateurs ont eu l'idée de suivre les volatiles en avion tout( en évitant d'apporter un trouble quelconque aux sujets. Ils ont alors pu faire d'utiles remarques sur la manière dont les oiseaux s'orientent. N'allant jamais en ligne droite sur de très longues distances, les pigeons explorent véritablement le pays, suivant des lignes de relief, le cours des rivières, le bord des lacs et la lisière des grands massifs forestiers. Ils décrivent très souvent des orbes de rayon variable, reviennent à l'arrière, puis repartent dans une direction qui leur paraît plus exacte. Ce n'est que lorsque le pigeon a atteint la périphérie de la zone qu'il connait par expérience, qu'il fonce droit devant lui, toute exploration étant désormais inutile. De nombreuses observations menées tant en Allemagne qu'aux Etats Unis ont prouvé le bien fondé de ces observations ! Toutes fois, certaines expériences ne semblent pas en accord avec une telle méthode d'orientation. De nombreux sujets pourtant peu entraînés et lâchés au delà de toute zone reconnue au cours d'expériences antérieures regagnent trop vite leur pigeonnier pour que l'on puisse admettre qu'ils ont passé beaucoup de temps à explorer leur route. Il semble au contraire qu'ils sont revenus presque en ligne droite. c'est pourquoi on s'est tourné vers des explications mettant en jeu des repères astronomiques, à la suite des remarquables observations menées en Allemagne par l'ornithologiste G. Kramer. Cet auteur avait remarqué que les étourneaux retenus en captivité se tenaient avec une prédilection toute marquée dans le coin sud ouest de leur cage au moment où ils devaient partir en migration d'automne, même s'ils ne pouvaient s'orienter que d'après des repères célestes. cette orientation privilégiée, l'incita à en déterminer les raisons. Après de nombreuses expériences, Kramer constata que les oiseaux sont capables de repérer très exactement la position du soleil et de se diriger d'après cet astre, beaucoup mieux que ne le ferait un humain. Aussi incroyable que cela paraisse au premier abord, l'oiseau est capable de compenser en quelque sorte, le mouvement du soleil en tenant compte de la hauteur de l'astre au dessus de l'horizon. Tout se passe comme si l'oiseau possédait une horloge dans on système nerveux ! Les expériences furent renouvelées avec des pigeons voyageurs, qui réagirent de la même manière que les etourneaux. eux aussi se dirigeaient d'après le soleil et compensait suivant l'heure du jour, la position de cet astre pour conserver la même direction, celle de leur pigeonnier ! Des expériences faites à l'aide du soleil artificiel, dont on peut modifier la position à volonté, permirent à Kramer de démontrer d'une manière irréfutable, que les oiseaux, et les pigeons voyageurs en particulier, sont capables de repérer très exactement la position du soleil, de se diriger d'après lui et même de conserver leur direction quand cet astre se cache derrière les nuages. Bien des points restent cependant encore obscurs, en particulier en ce qui concerne le mécanisme nerveux qui permet à l'animal de telles mesures. Mais les découvertes de Kramer n'en sont pas moins, sans aucun doute, les plus propres à faire avancer nos connaissances en ce domaine, parmi toutes celles qui furent accumulées depuis des temps les plus reculés. On peut donc concevoir l'orientation des pigeons voyageurs et à leur égal, celle des oiseaux migrateurs, comme une véritable navigation à l'aide de repères astronomiques. cela permet à l'oiseau dépaysé de prendre une direction primaire qui est cependant souvent modifiée en fonction des circonstances Le pigeon se place toujours dans les meilleures conditions de vol. C'est d'ailleurs là un fait bien connu des colombophiles dont les sujets tiennent compte des facteurs topographiques susceptibles de faciliter leur retour au pigeonnier. Tout n'est certes pas encore dit sur le mystère de l'orientation de ces oiseaux, le rôle de certaines radiations appartenant au domaine de la radiesthésie n'est pas encore connu d'une manière scientifique et il n'est pas impossible que là aussi, nous ayons un jour, une explication de certaines constatations. Mais en attendant, il vaut mieux se contenter des faits acquis, notamment en ce qui concerne l'orientation astronomique et mettre définitivement de côté les prétendues explications magnétiques qui appartiennent au domaine de la fantaisie. Le mystère de l'orientation des animaux et des pigeons voyageurs n'est cependant pas encore entièrement dissipé. c'est sans nul doute le domaine qui a intrigué le plus longtemps les hommes sans qu'une solution définitive puisse être proposée à l'heure actuelle. Et pourtant, plus d'un siècle s'est écoulé depuis que Noé a lâché la colombe et que celle ci est revenue. Premier lâché de pigeon voyageur homologué par l'histoire ! . Jean Dorst
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